Tanz und Kunst

'Besucherparkplatz' von mignolo dance - Dance Informa Magazine

Gardenship Art, Kearny, NJ.
10 décembre 2021.

Pour ceux qui recherchent les délices qu’une forme d’art donnée est uniquement en mesure d’offrir, la danse mignolo Stationnement des visiteurs fournit beaucoup d’excellentes chorégraphies. Les solos et les sections de groupe sont remplis de mouvements inventifs et rendus avec précision (en grande partie adaptés aux exigences de Movenglish®, un langage-danse inventé par Eriel et Charly Santagado qui aspire à maintenir une correspondance biunivoque entre chaque mot anglais et un mouvement qui « traduit » sa connotation et sa dénotation). La demande de rendre –– mot pour mot et syllabe par syllabe –– des accompagnements chorégraphiques à l’insistance répétitive d’un texte parlé qui comprend des poèmes d’Elizabeth Bishop, des dialogues entre un patient et un thérapeute, et même des courants de conscience évanescents charge les plus fugaces geste d’une profonde signification. Une grande partie de l’apprentissage d’un bon spectateur de danse consiste à apprendre à voir chaque partie d’une séquence de mouvements rapidement exécutée comme significative, digne d’un examen minutieux. Movenglish, pourrait-on dire, joue un rôle pédagogique subtil en favorisant ce niveau d’attention, même chez les téléspectateurs non initiés. L’attention est sollicitée alors que nous essayons de saisir les correspondances entre les mots et les corps, les significations et les mouvements tout au long de la pièce. Ce qui est le plus étonnant, c’est que malgré tout son attrait pour le spectateur non averti, la danse est extrêmement expérimentale, voire inédite.

Le spectacle s’ouvre sur un seul danseur assis sous une petite construction en bois en forme de maison. Elle récite le poème d’Elizabeth Bishop, Visites à St Elizabeths, qui parle ostensiblement de l’enfermement tardif du poète Ezra Pound dans un établissement psychiatrique. Comment le poème parvient-il à parler et à jouer la folie ? La réponse réside dans son utilisation magistrale de la répétition. Le public reçoit un ensemble d’entités qui entrent et sortent de l’existence de strophe en strophe : le Juif, l’homme, l’enfant, le marin, les années et le monde réunis par une séquence de propositions pour former une phrase sinueuse par strophe. La structure répétitive et le rythme propulsif pénètrent dans la peau de l’auditeur, lui donnant l’impression que le poème pourrait itérer indéfiniment ses variations.

Commencer la pièce par un poème plutôt que par une image reconnaissable de la folie donne le ton à ce qui ne sera pas votre spectacle typique; aucune représentation faussement festive ou monochromatique aux yeux larmoyants ne suivra. Les images contemporaines de folie qui peuplent la pop culture m’aident rarement à penser les fous autrement que dans des clichés trop larges : les ménades et les tueurs aux yeux écarquillés des films, les camisoles de force écumant à la bouche. Mais peut-être que la folie elle-même ressemble à un cliché, une dispersion de l’insupportable en fragments bruts, la distraction d’un geste répété ou d’un air fredonné de manière compulsive. Peut-être que la vie du fou, logé (pour les plus chanceux) dans un hôpital blanc nettoyé avec son atmosphère d’école préparatoire et ses tasses Dixie remplies d’ordonnances en temps opportun n’est pas tout à fait différente de se ronger les ongles à l’infini.

Ce que j’ai trouvé le plus impressionnant Stationnement des visiteurs, cependant, ne réside pas tant dans son sujet, mais plutôt dans la manipulation ingénieuse de son matériau narratif. Décrivant l’arc du parcours d’une personne à travers ses luttes mentales, la pièce nous emmène dans une tournée à travers diverses manifestations de la maladie mentale, des compulsions obsessionnelles aux attaques de panique en passant par les épisodes dépressifs. Parkings visiteurs l’ambition spatialisante unique nous dit quelque chose d’important sur la santé mentale. À savoir que les différentes nuances et formes de la maladie mentale pénètrent dans le monde de ceux qui les vivent, colorent leurs perceptions et déforment même leur expérience de l’espace lui-même. La façon dont l’espace a été soigneusement configuré pour conduire le public tout au long de cette tournée a un analogue littéraire dans l’Enfer de Dante. Dans l’Enfer, Dante est emmené dans une tournée à travers l’enfer où divers péchés et souffrances sont disposés dans une vaste topographie de cercles concentriques. Le génie de Dante réside dans sa capacité à convertir des émotions apparemment abstraites mais bien réelles, comme la jalousie ou l’avarice par exemple, en images spatialisées vives.

Stationnement des visiteurs réalise une alchimie similaire lorsque quelque chose d’aussi oppressant et intangible que le TOC est représenté figurativement dans une « pièce » clairement délimitée par un fil. La pièce est peuplée de jouets qui évoquent de manière métonymique la futilité et la répétition enrégimentée caractéristique de la condition. Le choix des jouets lui-même évoque évidemment l’enfance, la période où les maladies mentales naissent et se multiplient pour beaucoup. La danseuse de cette section se déplace en accord strict avec une voix qui compte de manière répétitive de 1 à 4. Ses mouvements consistent en des manœuvres précises mais apparemment inutiles avec les différents jouets qui jonchent le sol quadrillé. Le comptage s’intensifie progressivement et s’accélère jusqu’à un point terminal alors que le danseur, se débattant dans la pièce pour suivre le rythme, est finalement envoyé tremblant au sol sous une pluie d’eau froide. La structure et l’accumulation de la scène transmettent une partie de l’énergie insatiable et inflexible du TOC à son point le plus aigu. Le public se demande si les marées montantes d’anxiété sont causées ou apaisées par les opérations compulsives que le danseur s’efforce d’accomplir.

Dans une autre scène, la silhouette d’un danseur appuie contre le dessous d’un drap sur un matelas, capturant quelque chose de la viscosité particulière de dépression. Les intentions ne peuvent pas trouver de libération dans l’action articulée ; la gravité de la dépression ramène encore et encore l’impulsion de bouger, de faire quelque chose, n’importe quoi, dans les sables mouvants de l’inertie.

Un dialogue continu entre un thérapeute et un patient sert de racine pivotante narrative centrale tout au long de la pièce. Une analogie entre thérapeutes et prêtres (ou même saints) existe depuis longtemps, et elle a été explorée de manière exceptionnellement approfondie par le philosophe français Michel Foucault. Leur altruisme et leur modestie, combinés à une patience apparemment inhumaine, rendent plausible cette analogie. Dans leurs réflexions prudentes, les thérapeutes ne pensent pas en termes d’extase ou d’enthousiasme, mais réfléchissent plutôt à la vérité relative et au continuum glissant de l’amélioration.. En d’autres termes, plutôt que de rechercher la santé dans le sens de « guérir », la tâche du thérapeute est de rendre les choses meilleures, moins douloureuses, par degrés. Dans le domaine de la psychanalyse, des protocoles rigides dictent exactement comment le thérapeute doit apparaître au patient. Trop d’implication émotionnelle détourne l’attention du patient, étouffant sa volonté de « s’ouvrir », de s’auto-diagnostiquer et (espérons-le) de diminuer sa propre souffrance au fil du temps.

​Dans les dialogues d’ouverture, le thérapeute Stationnement des visiteurs semble correspondre exactement à ce modèle. D’une voix qui respire le professionnalisme glacial stéréotypé, le thérapeute s’enquiert des détails de la semaine du patient, ponctuant ses réponses par l’occasionnel, « Bien, c’est vraiment bien. » Lorsque le patient est sur la défensive, le thérapeute répond : « Eh bien, si vous ne me parlez pas de la conversation, je vais juste vous demander pourquoi vous ne voulez pas m’en parler. Votre choix. » La balle est toujours fermement dans le camp du patient.

Pourtant, le spectateur peut raisonnablement s’attendre à ce qu’une satire vicieuse ou une parodie de la thérapie elle-même suive bientôt. On s’attend à ce que le professionnalisme infaillible du thérapeute cède la place à des motifs plus insidieux, un désir de domestiquer les idiosyncrasies individuelles du patient peut-être. Mais Stationnement des visiteursune fois de plus, déjoue les attentes.

Malgré l’indéniable humour qui apparaît très tôt dans les dialogues, le thérapeute n’est jamais discrédité, l’efficacité du traitement jamais écartée. Il se passe quelque chose de bien plus intéressant. À un moment donné, le téléphone portable du patient sonne et la séance est interrompue. Soudain, nous entendons un monologue intérieur de la part du thérapeute. Leur voix est désespérée, voire dépressive. La façade stérile du « sujet-supposé-savoir » (comme le dit si bien Jacques Lacan) se désagrège, tandis que se déversent des doutes et des inquiétudes douloureuses pour le patient. Au contraire, ce « démasquage » du thérapeute augmente en fait notre admiration pour la retenue qu’il s’impose pendant les dialogues. Le thérapeute n’est pas un automate, ni un lâche manieur de pouvoir –– rien d’autre qu’un autre humain fragile secoué par des forces au-delà de l’entendement.

La relation thérapeute-patient est encore démystifiée lorsque la piste de leurs voix enregistrées commence à se décomposer, entraînant un bégaiement mécanique saccadé brillamment reflété dans la chorégraphie. La scène témoigne du fait que la thérapie ne fonctionne pas toujours comme une machine bien huilée. Tout cela enrichit notre compréhension de la dynamique de la thérapie en complexifiant et en affirmant simultanément la pratique comme un moyen profond d’améliorer la maladie mentale.

Dans la scène finale, le patient puis le public sont conduits dans un long tunnel sombre dans une pièce dont le sol est jonché de feuilles de papier vierges et de stylos. Des minutes inconfortables s’écoulent avant que les membres de l’auditoire ne commencent à écrire leurs propres messages, témoignages, pensées et impressions sur les journaux. Le spectacle se termine sans interprètes en vue, les spectateurs étant obligés de combler ce vide par leur propre présence.

Par Niko Popow de Dance Informa.






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